Les conditions d’une communication sur le climat réussie

ProClim Flash 74

La couverture médiatique du climat pendant les quatre dernières décennies a souvent laissé les gens désemparés. À l'avenir, nous aurons donc besoin non seulement de « plus » de journalisme climatique, mais surtout d'un journalisme plus constructif.

Maren Urner
Immagine: Michael Jungblut

Texte : Maren Urner, Hochschule für Medien, Kommunikation und Wirtschaft, Köln

« Climate is everything » – titrait le TIME en avril 2021 et touchait ainsi au cœur du problème. Le climat n'est pas un sujet environnemental ou scientifique devant être traité dans telle ou telle rubrique. Cependant, au cours des quatre dernières décennies, les médias n'ont pas réussi à refléter l’importance de cette question. Les changements climatiques provoqués par l'homme nous affectent tous dans tous les domaines de la vie. La tâche des journalistes est précisément de communiquer cela sans céder pour autant au catastrophisme. Comment y parvenir ? Voici trois choses qu’il faut savoir à ce sujet, ainsi que les exigences qui en découlent :

L’importance se mesure aux émotions

Les quatre mots les plus affligeants qu'une personne puisse prononcer n'ont rien à voir avec l'ignorance, la colère ou même la haine, mais expriment le contraire de l'émotion. Ces quatre mots sont : « Je m’en fous! »

En effet, s’il m’est indifférent que mon mode de vie ait déjà détruit et mis en danger à bien des égards les moyens de subsistance de nombreux habitants du Sud global, pourquoi ne continuerais-je pas à me complaire dans mon comportement destructeur ? Et si je ne me soucie pas du fait que les structures politiques et économiques récompensent la pensée et l'action à court terme et mettent ainsi en péril l'avenir de tous les êtres humains, aurais-je une raison de ne pas rester les bras croisés ?

La tâche de la communication sur le climat est donc de contrer l'indifférence et de faire en sorte que la vaste thématique du climat prenne de l’importance et acquière une portée qui dépasse les seules considérations environnementales et politiques. Comment faire ? Toutes les études neuroscientifiques et psychologiques sur le sujet nous montrent que le cerveau humain n’a qu’une façon de donner la mesure de l’importance – donc du contraire de l’indifférence : les émotions.

Tout comme les autres ressources, nos capacités émotionnelles pour les questions qui nous « tiennent à cœur » sont limitées. Une fois que les journalistes ont compris l'omniprésence de la question climatique, il leur appartient de se demander ouvertement et honnêtement : de quoi s'agit-il vraiment, et qu'est-ce qui est vraiment important ?

Les réponses possibles à ces interrogations sont fondamentalement liées aux histoires que nous nous racontons chaque jour au niveau personnel et social. Les histoires, et les valeurs qui leur sont associées, d’une bonne ou d’une mauvaise vie, les histoires du bonheur et du malheur, les histoires de ce que nous trouvons important.

La première exigence est donc : parlons des émotions et des valeurs !

La proximité suscite des inquiétudes

Nous connaissons tous les exhortations à faire davantage pour protéger l'environnement, la nature ou le climat. Le trou dans la couche d'ozone, le dépérissement des forêts et maintenant le climat sous forme de sécheresse et de fonte des glaciers. La dose quotidienne de mauvaises nouvelles que nous apportent les médias nous confronte à l'état désastreux de la planète. Il est donc évident que nous devons protéger l'environnement.

Mais précisément, ce discours crée une coupure entre nous en tant qu'individus et l'environnement comme base de subsistance. La couverture médiatique sur le climat s’est trop longtemps concentrée sur les ours polaires, la fonte de la banquise et la famine dans des pays lointains. Ce dont nous avons plutôt besoin, en plus des émotions susmentionnées, c'est de proximité, et ce à trois niveaux. Spatial, temporel et humain. Lorsque ces trois facteurs de proximité sont réunis, notre cerveau passe du mode passif au mode « action ». Nous en avons récemment fait l'expérience au niveau mondial avec la pandémie de Corona – et la couverture médiatique associée. Ce n'est que lorsque le virus a été littéralement à notre porte (proximité temporelle et spatiale) et qu'il a touché des proches (proximité humaine) que nous avons vécu notre « moment corona » personnel.

La communication sur le climat doit donc dépasser cette séparation entre l'environnement et le moi. Elle doit mettre davantage l'accent sur des liens et des points communs afin de montrer que ni le virus ni le climat ne s'arrêtent aux frontières nationales ou thématiques. Le climat et l’environnement sont dans le repas qui se trouve dans notre assiette, dans les 40 degrés à l'ombre qui nous font transpirer, et dans chaque respiration que nous prenons. Il s'agit donc de communiquer, encore et encore, que nous faisons tous partie de ce monde unique.

La deuxième exigence est donc : parlons de points communs !

La réflexion orientée solutions crée des solutions

Qu’est-ce qui nous vient en premier à l’esprit lorsque nous pensons à la couverture médiatique sur le climat ? Les interdictions, les catastrophes et les souffrances dominent la première page et les gros titres des journaux. Oui, la crise climatique est là et c'est le plus grand défi du 21esiècle. Mais c'est précisément la raison pour laquelle il est si important – pour ne pas dire indispensable – de parler de solutions.

Là encore, les résultats de la recherche en neurosciences et en psychologie nous montrent que notre cerveau, lorsqu'il est placé dans une situation de peur et de stress, est incapable d’une réflexion orientée solutions et axée sur le long terme. Au contraire, l'état dit d'impuissance apprise menace, ce qui peut rendre les gens malades et, au vu des stratégies d'adaptation possibles, les conduire à se distancer complètement de ces informations pour s’autoprotéger. Ainsi, on obtient exactement le contraire d'une démocratie participative.

Le remède est le journalisme constructif, qui se concentre sur la question « que faire maintenant ? ». L’idée n’est pas que les journalistes se substituent aux responsables politiques, aux entreprises et aux autres parties prenantes, mais qu’ils posent des questions différentes et ne se limitent pas à la description de problèmes. Au lieu de cela, il leur faut toujours réfléchir à la question « comment aller de l'avant » et approfondir leurs recherches afin de fournir une image plus complète du monde. Le psychothérapeute Steve de Shazer a su, mieux que quiconque, résumer cette façon de penser : « Parler des problèmes crée des problèmes, parler des solutions crée des solutions ! ». Cela est vrai non seulement dans le domaine de la thérapie, mais aussi dans celui du discours médiatique, qui constitue une part importante du discours social.

La troisième exigence est donc : parlons d'un avenir qui vaille la peine d'être vécu !

Facteurs importants pour une bonne communication sur le climat

  • Les émotions : ce n'est que lorsque les émotions sont impliquées que nous cessons de dire « je m’en fous ».
  • La proximité : la proximité spatiale, temporelle et humaine fait que nous nous sentons concernés. Il s'agit de communiquer, encore et encore, que nous faisons tous partie de ce monde unique.
  • L’orientation solutions : ne pas en rester à la description des problèmes, mais mettre en évidence les solutions à disposition et à quoi pourrait ressembler un avenir digne d'être vécu.

Maren Urner a étudié les sciences cognitives et les neurosciences en Allemagne, au Canada et aux Pays-Bas et a obtenu son doctorat à l’University College de Londres. En 2016, elle a cofondé « Perspective Daily », le premier magazine en ligne sans publicité pour le journalisme constructif, en a été la rédactrice en chef jusqu'en mars 2019 et la directrice. En 2019, elle a été nommée professeure de psychologie des médias à la HMKW. Ses deux livres « Schluss mit dem täglichen Weltuntergang» («Arrêtons de parler tous les jours de la fin du monde », 2019) et « Raus aus der ewigen Dauerkrise » (« Sortons de la crise permanente », 2021) sont des best-sellers du SPIEGEL.

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  • Communicazione scientifica
Tedesco, Francese