Quand les données nous sont contées

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Pour rendre compte des changements climatiques, il est souvent fait appel à des chiffres abstraits. En tant que journaliste de données (« data journalist » en anglais), Simon Schmid utilise des visualisations pour communiquer sur ce sujet complexe de manière vivante.

Où pourrez-vous encore skier à Gstaad en 2085 ? La couleur blanche indique qu’une station a de bonnes conditions d’enneigement. Le jaune signifie que l’exploitation du domaine skiable est difficilement rentable, et le rouge qu’elle ne l’est plus du tout.
Immagine: Simon Schmid, Republik

Texte : Aileen Azzola, Larissa Bucher und Natascha Gmür, Fachhochschule Graubünden; Martin Kohli, ProClim

Un globe animé sur lequel un clic de souris permet de voir les changements de température sur plusieurs années dans différentes villes du monde. Des histogrammes montrant l'évolution des nouvelles infections par le coronavirus. Ce ne sont là que deux exemples du travail d'un journaliste de données. « Nous ne nous contentons pas d'écrire des histoires avec des mots – nous essayons également d’étayer le récit par des données concrètes et des graphiques », explique Simon Schmid à propos de son travail. Ce Zurichois de 39 ans travaille pour le magazine suisse en ligne « Republik », où il dirige une équipe en charge des domaines économique, scientifique et numérique.

À l'origine, Simon Schmid a étudié la sociologie, l'économie et la géographie. Il est venu au journalisme grâce à un stage à la rédaction économique de l’édition en ligne du Tagesanzeiger : « Déjà à l'époque, j'aimais créer des graphiques pour illustrer les articles », explique Simon Schmid. Puis il a fait un séjour aux États-Unis en 2017, où il a suivi une formation en journalisme de données à la Columbia School of Journalism. Il a notamment appris à compiler et à évaluer efficacement des données à l'aide du langage de programmation « Python ».

Naissance du journalisme de données

Le journalisme de données a fait ses débuts en 2010 : le quotidien britannique The Guardianaprocédé au traitement multimédia de milliers de documents secrets sur la guerre en Afghanistan, qui lui avaient été divulgués par la plateforme Wikileaks.Les carteset graphiques interactifs obtenus permettaient d'établir des liens que du texte et des tableaux n’auraient pas mis en évidence. C'est ce que l'on constate aujourd'hui également avec la pandémie de Covid 19 : des diagrammes visualisent en un clin d'œil l'évolution des chiffres d'infection ou de décès.

« Les données ne sont pas toujours faciles à interpréter », relève Simon Schmid. Souvent, il n’y a d’abord qu’une supposition sur un lien possible – par exemple que la pandémie a conduit à plus de suicides. Ensuite, vous commencez à chercher des données qui prouvent ou réfutent l’hypothèse, détaille Schmid. Parfois, en fouillant sur Internet, on tombe par hasard sur des données qui se transforment en une histoire passionnante.

Rendre le changement climatique visible

De nombreuses personnes ont du mal à imaginer les conséquences des changements climatiques. Dans un domaine comme celui-ci, où il est souvent question de chiffres et de scénarios, le journalisme de données marque des points grâce à ses représentations visuelles. Un article de Schmid et de son collègue Andreas Moor, paru en2019 dans « Republik », en est un exemple.

Leur visualisation montre les conditions d'enneigement dans diverses stations de sports d'hiver suisses aujourd'hui et pour les années 2035, 2060 et 2085. « Vous apprenez ainsi concrètement si vous pourrez encore skier dans votre station préférée à l'avenir », explique Schmid. Et cela peut également susciter plus d'inquiétude que les simples chiffres.

Dans cet exemple, Schmid et Moor ont choisi un scénario dans lequel les responsables politiques ne font aucun effort particulier pour arrêter les changements climatiques. Sur la base de cette hypothèse, ils ont visualisé la fiabilité actuelle et future de l'enneigement dans les domaines skiables de différentes stations suisses de montagne et de vallée.

Sans protection du climat, la pratique du ski à Gstaad, qui est déjà l'une des destinations les moins bien enneigées, serait fortement menacée dès 2035. Vingt-cinq ans plus tard, une seule remontée mécanique serait encore utilisable avec de la neige naturelle. A partir de 2085, le ski ne serait pratiquement plus rentable.

Il faut de bonnes histoires

Simon Schmid dit vouloir contribuer par son travail à sensibiliser les gens à des questions telles que les changements climatiques et leur permettre d'en discuter en connaissance de cause. Le journalisme de données est un outil puissant à cet égard. Les efforts supplémentaires pour obtenir, agréger et traiter visuellement les données sont payants. Pour la visualisation sur les conditions d’enneigement, par exemple, Schmid a combiné des données de Swisstopo sur la localisation et l'altitude des domaines skiables et des remontées mécaniques de Suisse avec les prévisions d'une étude scientifique sur la fiabilité de la neige à différentes altitudes. « Dans mon travail, je deviens moi-même souvent un peu un scientifique », déclare Simon Schmid.

Comment ce dernier voit-il l'avenir du journalisme de données ? Il ne se risque pas à faire un pronostic. Mais les nombres de clics sur les sites web révèlent que les récits interactifs et les articles comportant des graphiques suggestifs sont lus plus volontiers – environ deux fois plus souvent que les articles ne comportant que du texte. Cependant, une chose est claire pour Simon Schmid : « Ce qui est le plus important dans le journalisme est et reste une bonne histoire avec un contenu intéressant et pertinent. Sans cela, même les meilleurs graphiques du monde ne servent à rien.»

Où pourrez-vous encore skier à Gstaad en 2085 ? La couleur blanche indique qu’une station a de bonnes conditions d’enneigement. Le jaune signifie que l’exploitation du domaine skiable est difficilement rentable, et le rouge qu’elle ne l’est plus du tout.
Où pourrez-vous encore skier à Gstaad en 2085 ? La couleur blanche indique qu’une station a de bonnes conditions d’enneigement. Le jaune signifie que l’exploitation du domaine skiable est difficilement rentable, et le rouge qu’elle ne l’est plus du tout.Immagine: Simon Schmid, Republik

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