La biodiversité ne cesse de régresser

Pour la première fois, 35 institutions scientifiques de toute la Suisse se sont réunies pour analyser de façon approfondie l’état de la biodiversité. Les experts sont arrivés à la conclusion que la biodiversité a continué à s’appauvrir fortement en Suisse ces dernières décennies et que cette tendance se poursuit. Les effets positifs ponctuels des efforts entrepris pour conserver et promouvoir les plantes, les animaux et les habitats devenus rares montrent qu’il est possible de renverser cette tendance. Pour ce faire, des mesures nettement plus fondamentales sont nécessaires dans tous les domaines de la société et de la politique. En conséquence, pour les scientifiques, la mise en œuvre de l’actuel plan d’action de la Stratégie Biodiversité Suisse revêt une priorité absolue.

Etat de la biodiversité en Suisse en 2014 - Une analyse scientifique

Le Conseil fédéral suisse est conscient de l’importance de la biodiversité. En 2012, il a adopté la Stratégie Biodiversité Suisse (SBS) dans le but de conserver une biodiversité aussi riche que possible et en mesure de réagir aux changements ainsi que de préserver les services écosystémiques. Dès lors, 43 expertes et experts ont analysé les informations les plus récentes sur l’évolution de la biodiversité en Suisse. Le constat est amer : la biodiversité continue à s’appauvrir fortement. Les populations d’amphibiens sont en continuelle régression malgré la protection des sites de reproduction d’importance nationale et des programmes de conservation ciblés. En dépit d’une protection constitutionnelle, les marais perdent du terrain et sont menacés par le dessèchement et l’apport d’azote. Les prairies sèches riches en espèces disparaissent et les plantes sérieusement menacées accusent une sévère diminution. Il ne peut être question de lever l’alerte pour les poissons: le nombre d’espèces de féras indigènes a diminué de près de 40% entre 1950 et 1990 dans les lacs suisses à cause d’une fertilisation excessive. Le problème de la surfertilisation des eaux a pu être résolu en beaucoup d’endroits, mais entre temps des problèmes supplémentaires sont apparus avec les apports de substances pharmacologiques, de perturbateurs endocriniens et de produits phytosanitaires ayant un effet négatif sur les organismes aquatiques.
Ponctuellement, les efforts pour conserver la diversité biologique ont porté des fruits : par exemple les mesures ciblées en faveur de certaines espèces rares d’oiseaux, la revitalisation des cours d’eau ou une exploitation des prairies favorable à la biodiversité. C’est ainsi qu’en Suisse centrale, sur des surfaces de foin sauvages, remises en exploitation après abandon, le nombre de plantes s’est accru de près de 20% en l’espace de dix ans. Ces améliorations n’ont de loin pas compensé les pertes. Néanmoins, elles montrent que ce n’est pas le manque de connaissances ou de possibilités, mais bien le manque d’actions qui est responsable de ce continuel déclin. Il serait possible de renverser cette tendance négative si des mesures à grande échelle en faveur de la conservation et de la promotion de la biodiversité étaient mises en place.
Outre les études effectuées sur tout le territoire, les études régionales et cantonales examinées indiquent aussi un recul de la biodiversité. Quelques exemples : en Argovie, depuis la fin des années 1990 la diversité des espèces ne cesse de diminuer dans les zones habitées. Sur le Plateau, il y a encore quelques décennies, on entendait chanter des alouettes au-dessus de chaque champ, et la traversée d’une prairie dérangeait des criquets stridulants par centaines. Aujourd’hui, de nombreuses zones agricoles sont devenues des étendues de terre monotones, où aucun cri d’oiseau ne vient briser le silence. Et dans les régions de montagne également, le recul de la biodiversité est devenu réalité: en l’espace de 22 ans, deux tiers des alouettes des champs ont disparu dans l’Engadine.
A chaque fois qu’une espèce animale ou végétale disparaît d’une région, ce n’est pas seulement un peu de notre pays et de notre identité qui disparaît. Mais en plus de la valeur intrinsèque de la biodiversité, la société, l’économie et chacun de nous profitent très concrètement de la diversité biologique et des services écosystémiques qu’elle fournit. La biodiversité garantit notre alimentation, fournit des principes actifs pour la médecine, nous protège des conséquences du changement climatique et des catastrophes naturelles. Elle nous assure de l’eau potable, accroît la fertilité des sols, et qui plus est, offre des paysages attrayants pour l’habitat, les loisirs et le tourisme. Un recul continu de la biodiversité pourrait vraiment nous coûter très cher. Selon des estimations, si l’on ne réussit pas à enrayer le déclin de la biodiversité et des services écosystémiques, le préjudice financier pour l’Europe pourrait représenter 4% de son produit intérieur brut en 2050.
Sur la base de leurs résultats, les auteurs de la présente analyse insistent sur le fait que les objectifs de la Stratégie Biodiversité Suisse adoptée par le Conseil fédéral ne pourront être atteints qu’à condition de consentir à de gros efforts supplémentaires dans tous les domaines sociaux et politiques.
Dans l’intervalle, un plan d’action prévoyant des mesures soigneusement harmonisées a été défini dans le cadre de la Stratégie Biodiversité Suisse. Pour les scientifiques, la mise en œuvre de ce plan d’action est absolument prioritaire pour contrecarrer l’inquiétante perte de biodiversité. Les efforts supplémentaires visant à préserver et promouvoir la biodiversité et à encourager son exploitation durable seront rentables à long terme aussi bien pour la qualité de vie de chacun que pour la société et pour l’économie; ne rien faire coûterait beaucoup plus cher.

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